Droits de l’homme : le Cameroun dans la sauce ?

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Amnesty International a le secret pour fédérer l’opinion publique camerounaise comme un seul bloc. Une fois de plus, son rapport a critiqué mon pays sur le plan des droits de l’homme. Ce qui a soulevé le courroux de mes compatriotes de tout bord. Et même de certains opposants. Un agrégé de droit s’est dit « choqué » par ce rapport. Tandis qu’il a été qualifié d’« ubuesque » dans un éditorial du quotidien Cameroon Tribune paru le 26 juillet dernier. Pendant une dizaine de jours, l’ONG a donc été cuisinée à toutes les sauces. Certains remettant même en cause sa crédibilité. J’en ai ri abondamment. Dans ce papier, il est question pour moi de montrer que les droits de l’homme sont un piège ou une sorte d’attrape-nigaud dans lequel se sont embourbés les Etats africains depuis des décennies.

Soldats d'élite

Soldats de l’armée camerounaise en séance d’entrainement

Bref rappel                                                                                                                 

Le rapport d’Amnesty International commence par une présentation des exactions de Boko Haram au Cameroun. Notamment dans l’Extrême-Nord du pays. Ensuite, l’ONG présente les « arrestations et détentions arbitraires » orchestrées par les forces de sécurité. De même que la « Torture, morts en détention et disparitions forcées ». Tout ceci occasionné par notre armée. Le rapport évoque ces faits avec des mots parfois très durs. Parmi les autres thèmes abordés, il y a la liberté d’expression, d’association et de réunion. Qui demeure un vœu au Cameroun. Il y a également le droit à un procès équitable, l’impunité, les conditions carcérales. Le droit à un niveau de vie suffisant et la peine de mort. Vous le remarquez sans doute. L’ONG prend appui sur un ensemble de traités et conventions ratifiés par le Cameroun.  D’où ce qui peut apparaître comme un rappel à l’ordre à l’endroit de mon cher et beau pays.

Grande curiosité

L’initiative d’Amnesty est louable, mais son rapport sur le Cameroun soulève quelques interrogations. Ce rapport n’est pas le premier sur mon pays. Et systématiquement, l’accent est mis sur les « dérives » des forces de sécurité camerounaises. Avec des expressions virulentes. Il n’est nullement question pour moi de cautionner toute forme d’atteinte aux « droits de l’homme ». Mais en évoquant l’armée camerounaise et la lutte contre le terrorisme, Amnesty aurait pu se pencher sur tout autre chose. Par exemple le traitement des soldats engagés au front. Simple omission ou volonté délibérée de ternir l’image de l’armée camerounaise ?

Toujours est-il qu’il y a moins de deux mois, des soldats de notre armée ont fait la grève. Ils manifestaient leur mécontentement face au traitement inhumain dont ils sont victimes au front. Allant jusqu’à bloquer la circulation dans une ville de l’Extrême-Nord. Ils réclamaient une relève immédiate et le paiement de leurs primes. En réaction, la chancellerie a ordonné l’arrestation de ces jeunes. Une trentaine. Ils ont été transférés à Yaoundé où ils attendent d’être jugés. En taisant cet épisode du feuilleton, Amnesty surprend. Pourtant il en va du moral des troupes et du respect du « droit à un niveau de vie suffisant ».

Soldats mécontents

Soldats bloquant un axe routier

Les droits de l’homme en question

En politique, le droit est la codification des rapports de force à un moment donné. C’est ce qui explique ses mutations récurrentes. Car il doit s’adapter non seulement au temps, mais à la conjoncture politique. La majorité des traités de droit international a été signée au 20ème siècle. Plusieurs Etats africains venaient d’obtenir leur indépendance. D’autres luttaient pour celle-ci. On peut donc simplement expliquer la naïveté de nos pays à cette époque. De plus, pour plaire à la « communauté internationale », ces Etats se sont engagés sans mesurer les enjeux. Surtout à long terme. On peut donc comprendre aisément les balbutiements de l’Union Africaine en ce qui concerne la cour Pénale Internationale. En théorie, le but du droit international est vertueux. Mais dans la pratique, c’est tout autre chose que l’on observe. Je n’ai pas envie de revenir sur la guerre en Lybie et sur bien d’autres cas.

Parlant des dérives des forces de sécurité dans cette lutte, plusieurs rapports au Cameroun en ont fait écho. Il s’agit de diverses ONG qui abattent un travail remarquable dans des conditions très difficiles. C’est le cas aussi de la Commission Nationale des Droits de l’Homme et des Libertés. Dans ses rapports de 2014 et 2015, sur l’état des droits de l’homme au Cameroun, elle critique vertement notre armée. Et donne avec chiffre à l’appui des cas de disparitions forcées et de décès en détention. Ces rapports sont rarement ou difficilement commentés dans les médias de même que sur les réseaux sociaux. Pourtant ils sont tout aussi crédibles. Et servent parfois de document de travail aux organisations comme Amnesty. Il est donc impérieux pour nous de faire confiance aux ONG locales. Car elles font un boulot tout aussi exceptionnel, malgré leurs moyens limités.

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