Les nouveaux philosophes : regard sur une jeunesse très inspirée

Oeuvre d'art en bronzeSculpture en bronze d'un penseur

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Ce mois de mai marque la fin d’année scolaire pour de nombreux écoliers dans mon pays.  A cet effet, je vais vous faire part d’un phénomène que j’observe depuis près de deux ans déjà. Et même plus. En réalité, il s’agit d’un attrait assumé par les adolescents aux citations « philosophiques ». Dont ils font usage  pour dire comment ils se sentent ou pour exprimer ce qui leur arrive. Que ce soit en bien ou en mal. Ce sursaut de nos jeunes vers la « philosophie » s’explique selon moi par divers facteurs. Le plus marquant étant l’accès de plus en plus aisé aux technologies de l’information et de la communication. Nouvelle attraction depuis une dizaine d’années, le net enchante les adolescents. Au point de les détourner des dessins animés et des fameux Mangas japonais. Même s’ils  trouvent une excroissance de ces derniers sur la toile.

La course au buzz

L’essor des réseaux sociaux dans mon pays a eu pour corollaire de libérer la parole.  Ainsi, les jeunes et les adolescents y trouvent des espaces de communication différents des supports traditionnels. C’est-à-dire la radio, la télévision et la presse écrite ; pour ne citer que ceux-là. Le jeune ou l’adolescent se considère dès lors comme une étoile ; comme une ‘’star’’. Et seul capitaine dans son bateau ; sa page sur un réseau social. Dans cette optique, il est soucieux de s’imposer comme tel. Et de broyer une éventuelle concurrence. Cette dernière se forge généralement dans le milieu scolaire, académique ou dans les quartiers. Pour ce faire, il faut impressionner son audience ; ses followers. Il faut les surprendre, les abasourdir. Ceci avec  des photos qui parfois sortent du commun et un texte qui les accompagnent. En dépit du fait qu’il n’existe très souvent aucune corrélation particulière entre les deux.

Outils de communication numérique

Les TIC ont considérablement délié les langues des adolescents chez nous

Les sujets prisés

L’amour et la réussite sont très prisés par ces nouveaux philosophes. En effet, un parcours des pages des adolescents sur la toile montre qu’ils sont le principal sujet des posts à relent philosophique. Ces derniers s’expriment souvent dans un ton décousu. Mêlé de colère et de haine parfois. Envers qui ? Je ne sais trop comment répondre à cette question pourtant simple. Toujours est-il que concernant l’amour, les déceptions sont très en vogue chez nos adolescents. Lorsqu’on lit ce que ces derniers postent à longueur de journée sur cet aspect, on doit réellement avoir peur. Certains vont même jusqu’à dire qu’ils vivront seuls et célibataires car trop déçus par le monde. Et dire que ces jeunes ont souvent moins de 18 ans. Tout au moins, espérons que le temps leur fera changer d’avis. Même s’il n y a rien de mal à vivre en solitaire.

La crainte d’une déculturation 

Les posts philosophiques des adolescents sur la toile renseignent sur un fait indéniable. La perte de notre identité culturelle. En fait, nos jeunes lisent très peu. Bref, ils ne lisent pas. Et lorsqu’ils font l’effort de citer quelqu’un, il s’agit toujours d’un artiste-musicien. Ou au pire un auteur occidental. Par conséquent, ils ne citent jamais les auteurs locaux ; qu’ils connaissent très peu, pour les plus aguerris. Ou alors qu’ils ne connaissent pas du tout. Parlez-leur de Léonora Miano, de Patrice Nganang ; ils seront dans les nuages. Ça se ressent dans ce qu’ils débitent dans les flux de discussion. Mais surtout dans leurs posts. Quand ils parlent de religion, ils font référence aux religions importées. Sans savoir que nos aïeux avaient leur pratique dans ce domaine. Tout ceci explique l’échec d’une transmission générationnelle. Avec pour conséquence la perte de nos valeurs et nos repères ; programmée depuis des siècles.

Bien philosopher c’est encore mieux !

La philosophie a pour particularité qu’elle permet de se frayer un chemin dans notre univers. En fait, notre environnement est marqué par la recherche du gain et l’abandon de l’humain. Très souvent au profit des intérêts divers et mesquins. Néanmoins, la philosophie est ce chemin inverse qui doit inéluctablement être emprunté. Pour ce faire, nous devons penser par nous-mêmes notre rapport au monde et à la civilisation. Car marcher sur les pas des autres a été et sera toujours une erreur fatale. La preuve ; nos jeunes sont perdus. Ils sont désorientés. Ils sont ainsi à la recherche d’un ailleurs ; un ailleurs qui pourtant se trouve sur leur terre. Il suffit juste d’avoir le courage de faire marche-arrière. De puiser dans le tréfonds des enseignements laissés par nos ascendants. Comme les autres l’ont fait dans d’autres points du globe.  Ce n’est pourtant pas magique.

C’est un travail de longue haleine qui doit s’imposer. Car il faudra combattre contre soi-même. Mais surtout contre les siens. Contre la société. Ça nécessite de faire beaucoup de sacrifices. C’est à ce prix que nos adolescents prendront appui sur leurs racines pour s’ouvrir au monde ; pour philosopher.

 

 

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