Réflexions autour du cirque diplomatique dans le golfe

Drapeaux des pays arabesDrapeaux des pays du golfe

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L’escalade diplomatique en cours dans le golfe persique a suscité la curiosité de l’observateur que je suis. Les événements dans cette partie du globe étonnent à plus d’un titre. Primo dans leur déroulement. Secundo, dans les doléances du front anti-Qatar.

Vue de Dora

Le Qatar s’attire toujours les foudres de ses voisins

 

Petit rappel chronologique

Selon les médias, divers éléments ont conduit à la crise actuelle entre l’émirat qatari et ses voisins. Tout commencerait par un piratage de l’agence de presse officielle du Qatar par une « entité inconnue ». De fausses déclarations auraient donc été attribuées à son émir. Il aurait complimenté l’Iran et apporté son soutien aux Frères musulmans. Ces déclarations sont reprises en boucle dans les médias du golfe. En dépit des démentis du Qatar qui par ailleurs ouvre une enquête pour déterminer les origines du piratage. S’en suit alors une passe d’armes entre les différents ministres des affaires étrangères. Et le 5 juin dernier, l’Arabie Saoudite, les Emirats Arabes Unis, Bahreïn et l’Egypte rompent leurs relations diplomatiques avec Doha. Accusé de soutenir le « terrorisme ».

Cette mesure est suivie par une suspension des échanges terrestres, aériens et maritimes. Des compagnies comme Qatar Airways, Etihad, Fly Dubaï et Emirates annoncent la suspension de leurs vols. Ce n’est pas la première crise dans le golfe. En 2014, l’Arabie Saoudite, les Emirats et Bahreïn avaient rappelé leurs ambassadeurs à Doha. Ces pays lui reprochaient déjà ses liens avec les Frères musulmans et ses ingérences dans les affaires du golfe.

Les doléances du front anti-Qatar

En vue de la désescalade, le front anti-Qatar a émis 13 points. Une liste de conditions auxquelles doit se conformer l’émirat gazier. Si ce dernier s’y pliait, il abandonnerait du même coup sa souveraineté. Des 13 conditions édictées, par les monarchies pétrolières, une seule a retenu notre attention. Il s’agit de la sixième qui intime au Qatar de fermer Al Jazeera et ses stations affiliées. Ceci renseigne à suffisance l’influence des médias sur les relations inter étatiques.

Symbole d'Al Jazeera

La chaîne qatarie serait l’un des facteurs de la crise

 

Basée à Doha, Al Jazeera est lancée en 1996. Elle vise à rompre la mainmise des Saoudiens sur le paysage médiatique international arabe. A briser le contrôle des gouvernements arabes sur l’information nationale. Et donc à libéraliser ce paysage médiatique. C’est l’objectif déclaré par les nouveaux dirigeants qataris. Elle est diffusée dans plus de 40 pays à travers le monde. Principalement du Proche-Orient. Pour près de 50 millions de téléspectateurs. La chaîne s’est illustrée par la diffusion des enregistrements d’Oussama Ben Laden. Et par sa présence lors des bombardements américains en Afghanistan. Elle est par ailleurs la seule chaîne présente sur le théâtre des opérations. Al Jazeera dispose de bureaux dans les pays influents. Et se positionne comme le porte étendard de la politique extérieure de Doha. D’où la volonté de ses voisins de la museler.

Le gouvernement saoudien a annoncé la fermeture de ses bureaux sur leur sol. L’Egypte et les Emirats Arabes Unis ont bloqué l’accès à son site internet. En souhaitant  la fermeture d’Al Jazeera, les monarchies du golfe veulent priver Doha d’un puissant instrument d’influence. Et de contrôle des masses. Il ne fait aucun doute que la chaîne qatarie a atteint le but qui lui était assigné à sa création. Elle l’a même largement dépassé. Car elle jouit dans le monde arabe d’une « véritable hégémonie médiatique ».

Et l’Afrique…?

Le président guinéen Alpha Condé a offert sa médiation pour résoudre la crise dans le golfe. Il agissait également en tant que président en exercice de l’Union Africaine. Il l’affirme dans une lettre au Roi d’Arabie Saoudite datée du 11 juin 2017. Cette initiative peut être louable, même si ce n’est pas où j’attendais un dirigeant subsaharien.

Nos hommes politiques devraient tout mettre en œuvre pour avoir des médias influents. A l’instar des médias occidentaux (RFI, CNN, BBC…) ou du golfe (Al Jazeera, Al Arabiya…) pour ne citer que ceux-là. La gestion d’un pays, des masses passe par le contrôle des flux d’information. Elle est incontournable notamment dans un monde où elle circule avec une vitesse considérable. Il est donc impérieux pour nous Africains de contrôler les informations qui circulent sur le continent. Ceci évitera à nos dirigeants de pleurnicher à tout moment. Surtout lorsque les médias « internationaux » publient des informations à charge.

 

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