De l’agriculture au numérique : quelques observations sur les priorités de l’heure au Cameroun

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Ranch de Ndawara

Plantation de thé au Cameroun

Dans la lutte contre le chômage et pour l’auto-emploi des jeunes, le gouvernement au Cameroun mise sur le secteur primaire et sur le numérique. Cependant, ce discours soulève diverses interrogations. Notamment l’intérêt porté par les gouvernants sur ces deux secteurs d’activité.

Bilan de l’agriculture 6 ans après le comice d’Ebolowa

En janvier 2012, la presse camerounaise révèle que plus de 700 tracteurs sont abandonnés dans la broussaille à Ebolowa. L’information aurait pu passer inaperçue. Mais il s’agissait de l’une des promesses phares du gouvernement au terme du comice tenu un an plus tôt. Ce dernier avait annoncé la construction d’un complexe industriel d’assemblage de tracteurs. Fruit d’un partenariat avec des investisseurs indiens. Le tollé soulevé par cette découverte a suscité la réaction des autorités. Elles ont aussitôt dépêché une mission sur place afin d’évaluer la situation. Cinq ans plus tard, l’usine est fonctionnelle.

Au terme du comice d’Ebolowa, le secteur primaire est confronté aux mêmes difficultés que par le passé. La principale étant (selon moi) l’enclavement des bassins de production. Situés généralement loin des grands centres urbains, ils sont difficilement accessibles. Surtout en temps de pluie. Cependant, de nombreux Camerounais ont retroussé leurs manches et remuent la terre. Certains n’ont pas attendu le comice pour se lancer dans l’agriculture. Ils diversifient les productions agricoles et boostent les exportations vers les pays voisins (Nigéria, Guinée Equatoriale, Gabon).

La seconde difficulté du secteur agricole que je pourrai relever est le faible niveau de transformation. Or, comme nous le savons, le trésor réside dans l’industrie. Donc dans l’agro-industrie. Celle-ci renvoie aux secteurs parallèles dont le papier, le cuir, le textile, les huiles essentielles, le tabac. Au Cameroun, la majorité des agro-industries est détenue par des investisseurs étrangers. Les locaux ont compris l’importance de ce secteur et s’y lancent. Cependant, les petits agriculteurs ou les producteurs indépendants éprouvent d’énormes difficultés. Ils ne disposent pas du matériel adéquat et de l’expertise nécessaire pour améliorer leur système de production. De nombreuses formations sont offertes dans ce sens, notamment par des experts exerçant dans le privé. La dernière difficulté que j’évoquerai est l’usage des techniques de production archaïques.

Tracteur agricole

La mécanisation de l’agriculture est lointaine

 

L’économie numérique : nouvel eldorado ?

En fin d’année 2015, dans son discours à la nation, le président camerounais incitait les jeunes à s’investir dans le numérique. Il affirmait que le gouvernement mettrait tout en œuvre pour viabiliser ce secteur très prometteur. Comme à l’accoutumée, toute la presse, les hommes politiques et les autres acteurs sociaux se sont rués vers cette expression. ‘’Economie numérique’’ était cuisinée à toutes les sauces. L’on vantait Bill Gates, Mark Zuckerberg, Alain Nteff ou encore Arthur Zang. Le thème a même fait l’objet d’un sujet d’économie pour un concours administratif l’année suivante.

Nul ne doute que le numérique est un secteur d’avenir. Son incidence sur l’employabilité des jeunes, la croissance et les finances d’un Etat ne sont plus à démontrer. L’innovation numérique alimente la dynamique d’innovation dans tous les autres secteurs d’activité. D’où le choix porté sur elle par tous les pays du monde et par ricochet par le Cameroun. Toutefois, certains préalables doivent être pris en compte. Il s’agit tout d’abord de la qualité et du coût de la connexion internet.

Ordinateur portable

Le numérique génère des revenus et la croissance

 

Début 2016, une polémique a secoué le monde d’habitude très calme de la téléphonie mobile au Cameroun. Les compagnies se disputaient l’exclusivité de la licence 4G. Considérée comme l’internet le plus rapide. À grand renfort de spots publicitaires, il fallait convaincre le consommateur. Ce dernier semblait perdu devant ce spectacle. Plus d’un an plus tard, on remarque que la connexion internet n’est pas à la portée de toutes les bourses. En outre, plus on s’éloigne des grands centres urbains, plus elle devient chancelante. Ceci peut être préjudiciable pour les start-ups.

Au Cameroun, on remarque aussi un oubli de la Silicon Mountain. Située à Buéa, au pied du Mont Cameroun, elle est le berceau de l’économie numérique dans le pays. Composée de start-ups, de communautés, de développeurs, elle est incontournable en ce qui concerne le numérique au Cameroun. Mais elle semble ignorée par le gouvernement. Et a subi de plein fouet la coupure de l’internet ordonnée par ce dernier en début d’année. Pourtant, en dotant la Silicon Mountain d’infrastructures et de financements adéquats, les gains seraient importants. On aura plus besoin d’organiser des colloques à coût de milliards pour inciter des investissements étrangers alors qu’on peut les avoir en interne.

Façade d'une industrie

Nous avons plus besoin d’industries que de discours

Voir (un peu) plus loin…

En écrivant ce papier, je n’avais nullement l’intention d’accabler notre gouvernement. Chose très difficile à faire. Je ne saurai omettre les solutions aux problèmes soulevés plus haut. Nous avons plus que besoin d’usines d’assemblage d’ordinateurs et autres matériels électroniques. Ce qui accentuera la lutte contre le chômage et favorisera le transfert de technologie. Vœu pieux dans le discours des présidents africains. On évitera aussi la sortie des capitaux pour l’achat du matériel électronique et des composants qui seront disponibles sur place. Les polémiques nées de l’offre d’ordinateurs portables aux étudiants à travers un partenariat chinois n’auront plus lieu d’être.

La mesure sus-évoquée peut également être appliquée au secteur agricole. Il ne faudra cependant pas commettre les mêmes erreurs qu’ailleurs. Les conséquences de l’agriculture intensive sont observées dans les pays agricoles. L’usage des engrais et des pesticides montrent de plus en plus leur limite. Leur impact sur la santé des humains et sur la nappe phréatique a été démontré. Il est donc nécessaire de favoriser une agriculture respectueuse de l’écosystème. Une agriculture qui en outre nourrira l’industrie et sortira les seigneurs de la terre de la paupérisation.

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À propos de l'auteur

Je me prénomme Samuel. Je suis Camerounais de nationalité. Je suis un fan de livres. J'écris beaucoup: romans, nouvelles et poèmes. Je suis aussi un sportif chevronné.

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