L’influence (négative) des panthères sur les jeunes de mon pays

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Les panthères

Très discrètes, les panthères sont vicieuses

Ah ! Les panthères ! Pas un jour sans parler ou entendre parler d’elles !
Un beau matin de mars dernier, alors que les rayons du soleil commençaient à frapper mon cuir chevelu, je me suis assis au comptoir de la vendeuse de beignets de mon quartier yaoundéen. C’est un rituel pour les habitants du coin. Prendre son beignet-haricot-bouillie avant de vaquer à ses tâches quotidiennes. C’était un samedi et l’endroit était bondé de monde. Ce qui n’est pas le cas les autres jours de la semaine.

Il y avait là des adolescentes communément appelées « petites sœurs » dans le jargon local. Elles parlaient de l’amour, sujet de conversation qu’elles tiraient dans tous les sens. J’ai failli avaler mon beignet chaud de travers lorsque l’une d’elle a déclaré :

« Tantine Sidonie nous dit souvent de ne pas faire confiance aux hommes. Qu’ils sont méchants et dangereux » !

Avant de continuer son matraquage de la gent masculine :

« Elle dit qu’ils font souffrir les femmes. Que nous devons leur montrer le feu ! »

Comme moi, tous les mâles présents étaient atterrés par ces élucubrations. Mais nous sommes restés calmes. L’adolescente a décrit sommairement sa « Tantine Sidonie », ainsi que l’entourage de cette dernière. Il n’y avait aucun doute : c’était des panthères, comme les ont dépeint Florian Ngimbis et Ecclésiaste Deudjui il y a quelques années sur cette même plateforme.

Hommage aux panthères

Avant toute chose, je voudrais rendre un hommage mérité aux panthères. Je sais! Vous vous demandez pourquoi leur faire un tel honneur. Je m’explique. Les panthères font un véritable travail de Sisyphe. Faire craquer un homme, se faire offrir des cadeaux chics, le ruiner et quelques fois détruire sa famille, tout ceci en un temps relativement court. Et le cycle recommence avec quelqu’un d’autre. Et ainsi de suite… Il faut en être capable.

Les panthères ont une capacité d’adaptation et de mutation rarement observée chez des êtres humains. Quelque soit l’homme qu’elles veulent, elles le feront succomber. « Qu’il monte ou qu’il descende » ! Elles sont de grandes consommatrices d’argent et de luxe. Elles ont généralement une grande gueule. La langue de bois n’est pas leur affaire. C’est le jour où l’une d’elle t’engueule que tu peux regretter d’être venu au monde. Enfin, comme le phœnix, elles renaissent de leur cendre. Autrement dit, elles savent rebondir en dépit des échecs cuisants ; d’où elles ressortent ragaillardies. Pour tout ceci, elles méritent plus que jamais notre respect.

Les panthères

Les panthères sont très charismatiques et enviées

 

Les panthères, nouveaux modèles de réussite

Les quelques minutes de causerie des adolescentes que j’ai évoqué plus haut sont très édifiantes. L’éclosion de ‘’bébés panthères’’ n’est pas un fait de hasard chez nous. Jadis, nos gamines avaient pour modèles Elisabeth Tankeu, Yaou Aïssatou, Marie-Madeleine Fouda ou encore Françoise Mbango. Ça, c’était dans le passé. Avec l’influence de la culture occidentale et l’aide des télénovelas, leurs icônes sont devenues leurs voisines, cousines ou « grandes-sœurs ». Celles-ci les polluent le cerveau avec leurs escapades en boîte de nuit, dans les hôtels huppés ou dans les cités balnéaires. On assiste dès lors à l’essor de nouvelles références dont je préfère taire les noms. Elles sont célébrées sur Facebook. Vénérées sur WhatsApp. Adulées sur Snapchat. Déifiées grâce aux ressources financières qu’elles possèdent et dont l’origine est problématique.

Moulées dans un tel environnement, les jeunes filles craquent littéralement. Sous l’influence de leurs aînées, elles veulent brûler les étapes. Elles veulent rapidement posséder le téléphone ou la tablette dernier cri. Elles rêvent de devenir célèbres. Quels que soient les moyens et les conséquences. Et quand bien même celles-ci surviennent, elles rebondissent comme leurs aînées.

Chères panthères, encadrez nos enfants autrement !

C’est un secret de polichinelle que de dire que les Camerounaises ne croient plus en l’amour. Quand vous leur parlez de romantisme, elles répondent sèchement : « ça c’était avant » ! Très peu d’adolescentes connaissent les poèmes de Patrice Kayo et de Paul Dakeyo. Lorsque vous leur déclarez votre flamme, elles répliquent : « c’est ça qu’on mange » ? Nos gamines lient l’amour à l’argent et aux biens matériels. C’est l’une des plus grandes dérives de notre société.

Je peux comprendre que la majorité de nos panthères soient des « blessées de guerre ». Mais de grâce, qu’elles n’incitent plus nos adolescentes à leur emboîter le pas ! Nous avons tous besoin de quelqu’un pour nous tenir la main. Pour nous relever quand tout va mal. Pour nous indiquer le chemin dans nos doutes. C’est le rôle que doivent jouer les panthères auprès de nos adolescentes. Elles doivent leur conseiller des modèles. De lire. Se cultiver. Se former. Et d’aimer.

Cessez de ‘’panthériser’’ nos enfants !

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6 Commentaires

  1. belle analyse mon type… appréciable. Réfléchir comment faire pour passer à l’application. Notre jeunesse sombre et s’aveugle.

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